LA RUELLE DE MOSCOU

Roman (1927) de Ilya EHRENBOURG (Kiev 1891 - Moscou 1967)

Le Livre de Poche 4020

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"Un ouvrier battait sa femme avec une brique. Il la frappait sur la tête avec méthode, sans se presser, on pourrait dire avec pitié. Et tout autour les habitants de la ruelle regardaient. Visiblement, ils attendaient pour voir qui se lasserait le premier : l'ouvrier lui-même ou la femme qui, à défaut d'âme, a tout de même, quoi qu'on dise, quelques vagues sentiments.
Un ami, venu par hasard me voir et voyant pour la première fois ce spectacle m'envie :
"Quelle vue splendide vous avez de votre fenêtre !..."" (p 8-9)

 



"Maintenant, une fois de plus, essayez d'expliquer pourquoi les femmes nous aiment ? On en a donné mille explications : on en est même arrivé à dire que c'était par pitié, et même pour nos vices : mais il serait plus vrai de dire que ça arrive comme ça, tout de go, comme une envie." (p 17)

"Peu de gens s'arrêtaient : la pitié elle-même est donnée à l'homme parcimonieusement -- si parcimonieusement que ce ne serait déjà pas mal s'il en avait assez pour ses familiers et pour la matière d'un roman sentimental." (p 31)

"
Il faut beaucoup de profondeur d'âme pour peindre un tableau pris dans la vie méprisable et en faire un pur diamant.
"
Gogol Tchtchikov ou Les Âmes mortes
( p 43 1)

"Le principal c'est de se décider. Sans ça, pas de liberté. On y pense sans cesse. Il faut aimer, même en s'y forçant, pour ne plus penser à l'amour." (p 54)

"Moi, citoyen, je ne critique jamais rien. Pour des commentaires de ce genre on peut facilement prendre le chemin de la Sibérie." (p 123)

"Dans le temps, d'autres jeunes gens me demandaient pourquoi il fallait étudier le latin. J'aurais pu naturellement répondre que c'était nécessaire pour avoir son baccalauréat, pour l'étude approfondie de la jurisprudence ou de l'histoire naturelle. Mais moi je leur disais : cette langue morte est inutile et magnifique comme la vie elle-même. Beaucoup d'années se sont écoulées depuis. Je ne suis plus professeur, mais mendiant et, pourtant, je sais que je ne me trompais pas." (p 125)

"Le bonheur se donne quelquefois, mais ne se conquiert jamais."
                                                                                                           (p 166)


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